Certains signes ne trompent pas. La journée de débats organisée le 27 septembre dernier par Gabriel Cohn-Bendit - à laquelle Jean-Louis Borloo et Martin Hirsch ont participé - ou encore le coup
de gueule de son frère Daniel contre la direction des Verts qui refuse obstinément toute idée de dialogue avec le Modem, semblent valider certaines tensions à l'intérieur de la mouvance
écologiste. Alors que se profilent les élections régionales de 2010, faut-il y voir la fin de la belle unanimité qui avait permis à Europe Ecologie d'envoyer 14 eurodéputés à Strasbourg au mois
de juin? Il serait prématuré de l'affirmer, même si, actuellement, les discussions entre Verts et "non-Verts" au sein d'Europe Ecologie, "ne sont pas de la tarte", reconnaît Gaby
Cohn-Bendit.
Contacté par leJDD.fr, l'ancien trotskyste ne fait pas mystère de difficultés de communication chez les écolos, où, selon lui, l'idée d'un vaste arc qui comprendrait "des membres
du MEI (Mouvement écologiste indépendant) d'Antoine Wechter, ceux de Cap 21 (allié au Modem), et même les écolos de l'UMP" se heurte au "repli identitaire" qui
caractérise le comportement de certains Verts. "Pas tous", tient-il toutefois à rectifier, citant Jean-Vincent Placé, numéro 2 des Verts, ou Jean-Marc Brûlé, secrétaire national,
visiblement plus ouverts que d'autres à des discussions avec le centre. Lesquelles, en tout état de cause, n'interviendront pas avant le second tour des élections régionales. Ce que
l'association des amis d'Europe Ecologie, présidée par le frère de "Dany" et qui cherche, parallèlement aux Verts, à fédérer l'ensemble des forces écologistes, ne conteste d'ailleurs
pas.
"L'opposition gauche-droite, c'est un paradigme de fainéant!"
Gabriel Cohn-Bendit toujours: "Il n'est donc pas question de faire alliance au premier tour avec quelque parti que
ce soit, ni le PS, ni le Modem. Les électeurs ne le comprendraient pas". En revanche, le chantre de l'éducation alternative dans les années 1980 se dresse fermement contre "le
sectarisme de certains élus verts" qui rechignent à faire de la place sur les listes électorales à des candidats venus d'ailleurs. Pourtant, claironne-t-il, "de plus en plus de gens de
Cap 21, qui sont agacés par le verrouillage du Modem par Bayrou et Sarnez, vont venir sur nos listes. Bertrand Rio (secrétaire général du mouvement président par Corinne
Lepage), par exemple, sera sur nos listes", affirme-t-il avec aplomb. Un peu trop rapidement semble-t-il…
Egalement contacté par leJDD.fr, Eric Delhaye, président délégué de Cap 21 et chargé des relations avec le Modem, loin de confirmer cette idée, préfère utiliser des pincettes. "Sur
le terrain, c'est un fait, des discussions ont effectivement lieu entre nos membres et ceux d'Europe Ecologie." Toutefois, s'empresse-t-il d'ajouter, "Cap 21 fait partie intégrante du
Modem." En d'autres termes, seule une alliance globale entre Europe Ecologie et le Modem, prônée par Cap 21, mais également par Jean-Luc Bennahmias ou Yann Wehrling dans le camp orange
(lire: Bayrou passe au Vert), serait à même de "créer une véritable
dynamique" face à l'UMP et au PS. Sauf, déplore Eric Delhaye, que le plan se heurte là encore "à l'esprit de fermeture des Verts" et à "leur obstination à ne surtout
pas vouloir entendre parler du Modem".
"L'opposition gauche-droite, c'est un paradigme de fainéant, qui permet de ne pas avoir à se déterminer précisément!", tonne de son côté Gabriel Cohn-Bendit. Alors qu'Europe Ecologie
vient d'enregistrer un nouveau renfort en la personne du désormais ex-socialiste Eric Loiselet, "Gaby" tient à rappeler que la stratégie gagnante de l'ouverture utilisée dans le cadre des
européennes, avait permis de gommer une partie du "discrédit" qui collait aux basques des Verts ces dernières années. "Tous les Verts ne sont pas encore perçus comme avoir
changé", soupire-t-il, tout en se disant, malgré tout, "confiant" pour l'échéance régionale à venir. "Nos discussions ne sont pas toujours drôles, mais on veut gagner",
certifie-t-il encore, rappelant que le principal adversaire des Verts sont… les Verts eux-mêmes: "Les écolos sont capables du meilleur comme du pire, mais c'est dans le pire qu'ils ont
toujours été les meilleurs", s'esclaffe-t-il.


Commentaires